Retraite à 60 ans: l'appel du NPA aux partis de gauche ne fait pas recette
Olivier Besancenot avait proposé à tous les leaders de gauche, de Martine Aubry (PS) à Arlette Laguiller (LO), «une réunion unitaire» sur les retraites. Si Jean-Luc Mélenchon (PG) n'y voit «pas d'objection», le PS a décliné l'invitation.
Olivier Besancenot, porte-parole du NPA et tête de liste en Ile-de-France aux régionales, à Marseille le 26 janvier. (Jean-Paul Pelissier / Reuters)
C’est au mieux un «pourquoi pas?», au pire un «pour quoi faire?». Alors qu’Olivier Besancenot lançait, dimanche sur Europe 1, aux autres formations de gauche un «voyons-nous vite» pour faire front commun sur la retraite à 60 ans, la proposition du NPA n’a pas déchaîné l’enthousiasme. Les motifs de réserve ne manquent pas: souci de ne pas interférer avec l’agenda syndical, de ne pas se positioner uniquement «contre», divergences de fond. Le tout en pleine bataille des régionales, où la gauche part en ordre dispersé au premier tour.
Le courrier du parti anticapitaliste a été envoyé, lundi, aux partis, «d’Arlette Laguiller (LO) à Martine Aubry (PS)» et le rendez-vous fixé, jeudi soir au siège parisien du NPA. Le sommet social de lundi à l’Elysée, qui a réuni exécutif et partenaires sociaux, fournirait un argument de plus pour convoquer cette réunion de la gauche politique, selon le NPA. Qui y voit «la confirmation que de nouvelles attaques seraient portées contre le système des retraites».
De là à faire cause commune? Prématuré, a tranché hier le porte-parole du PS Benoît Hamon, qui refuse de griller la politesse aux partenaires sociaux. Pour l’heure, «le temps est à la mobilisation sociale et donc à l’action syndicale, temporise Hamon. En temps et en heure, quand se posera la question de l’unité des forces de gauche, nous y répondrons.»
Plutôt partant pour l’invitation «pleine de bon sens» de Besancenot, Jean-Luc Mélenchon met aussi en garde contre une action «entravant le mouvement des syndicats» et compte «venir en appui de leur lutte». «On ne veut pas se substituer à l’intersyndicale mais voir ce que les organisations politiques peuvent faire, répond Sandra Demarck du NPA. Ces points d’appui unitaires sont cruciaux pour le rapport de force et pour soutenir la mobilisation.»
Autre obstacle de taille à ce front unitaire que Besancenot dessine du PS à Lutte ouvrière: l’offre du NPA porte sur «la retraite à 60 ans» et «37,5 annuités de cotisations», relève Hamon, mais ce dernier point «n’est pas la position du parti socialiste».
Une divergence qui n’a pas échappé à la porte-parole de LO, Nathalie Arthaud. Elle tablait par avance sur le refus des socialistes d’être de ce front. Rappelant la petite phrase de la première secrétaire du PS - on «va très certainement aller vers 61 ou 62 ans», avait-elle lâché avant de rectifier le tir -, Arthaud ne voit «pas comment Martine Aubry pourrait représenter ce combat-là». «Cette idée de collectif, je ne la comprends pas bien», doute-t-elle.
Dès dimanche, l’appel de Besancenot avait laissé la secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, sur sa faim. Une «réunion, pour quoi faire ? Il faut qu’on propose quelque chose, ne pas être juste dans le défensif», lançait-elle sur BFM-TV, tout en assurant n’avoir «pas de problème sur la question de ne pas reculer sur l’âge légal de départ à la retraite». Mais se borner à s’opposer est un peu court, objecte Duflot: le «problème n’est pas de discuter, il faut travailler sur des solutions».
«Disponible pour résister, agir et proposer», le PCF pose la même condition: «pas question de camper sur la seule position de résistance». La démarche, à l’inverse, ne gêne pas Eric Coquerel, chargé des relations extérieures au PG: «C’est possible de s’unir pour dire notre désaccord à la proposition gouvernementale. On a déjà dit non aux réformes de droite sans être sûrs avant d’être d’accord sur tout le contenu positif.» Et «on ne se réunit pas que sur les positions du NPA, plaide Demarcq. On peut parler d’autres alternatives.»
Reste qu’à un mois des régionales, les partis de gauche, dont les listes, pour la plupart, se concurrencent sur le terrain, ne sont pas enclins, parallèlement, à s’afficher ensemble. Ce que ne pouvait pas ignorer Besancenot, tête de liste en Ile-de-France. Sandra Demarcq récuse toute «posture» et pointe la nécessité de «faire un autre choix de société». Mais, façon de se poser en parangon de l’unité, renvoie au reste de la gauche la responsabilité de la division: «on veut nous mettre dans un carcan mais l’urgent n’est pas de taper sur le NPA.»