Les conséquences directes de l'implantation de multinationales dans l'Etat de Chiapas au Méxique
L’Accord de Libre Echange en Amérique du Nord et les autres accords commerciaux signés par le Mexique ont favorisé les grandes entreprises multinationales, qui ont un pouvoir économique supérieur aux Etats-Nations. Les multinationales considèrent le Mexique (ainsi que le reste de l’Amérique Latine) comme une source riche et aisée de multiplication du capital, essentiellement à travers l’exploitation et la commercialisation des ressources naturelles comme l’eau y la biodiversité. Pour ces raisons, leur principal intérêt se concentre sur le sud-est du Mexique.
On peut observer trois grands types d’intérêt en ce qui concerne l’exploitation des ressources naturelles du Chiapas :
- La biodiversité : les entreprises pharmaceutiques et biogénétiques considèrent la bioprospection comme une manière d’obtenir des brevêts sur le matériel génétique afin de produire et distribuer des organismes génétiquement modifiés.
- L’eau, pour les multinationales de mise en bouteille et d’hydro-électricité.
- La mise en place de ‘services pour l’environnement‘ (payer les habitants des zones naturelles pour qu’ils protègent leur environnement, et ainsi maintenir la chaîne de capture du carbone). Cette proposition est impulsée par les gouvernements des pays ‘développés’ face à la non-exécution des accords de réduction des gaz toxiques établis par le Protocole de Kyoto.
Monsanto: Ce géant américain dans le secteur des Organismes Génétiquements Modifiés (OGM) a acheté l’entreprise mexicaine Seminis en janvier 2005 pour poursuivre ses recherches sur la création d’organismes génétiquement modifiés. Son centre de production se trouve dans l’un des meilleurs emplacements de Montes Azules : la route d’accès à Montebello, au sud de la réserve.
- Monsanto a reçu près de 40% des permis de production d’OGM. La plus grande partie de ceux-ci portent sur la culture du maïs, suivi du coton, des tomates et du soja principalement.
- Cette entreprise est responsable de 94% des terres cultivées avec des semences génétiquement modifiées dans le monde entier.
- La dissémination d’OGMs sans contrôle a été détectée à plusieurs reprises au Chiapas, en particulier dans les municipalités de Las Margaritas, Ocosingo, Palenque et Playas de Catazajá, dans la Selva Lacandona et ses alentours.
Coca-Cola: Le Mexique est le premier pays consommateur de Coca-Cola dans le monde, et le Chiapas est l’un des états de plus forte consommation nationale.
L’entreprise Coca Cola est accusée au Chiapas de :
- Achat pour une utilisation privée de sources d’eau qui étaient auparavant propriété collective, quittant ainsi la terre et l’accès à l’eau aux populations autochtones (la production de bouteilles nécessite l’équivalent en eau de la consommation de 223 familles).
- Pollution de l’eau et vente d’eau polluée
- Violations des droits humains : intimidation des syndicalistes, assassinats, tortures
- Promotion des divisions et des tensions dans les communautés autochtones au point de générer des déplacements forcés
- Augmentation de la pauvreté : dans les communautés autochtones, une personne dépense jusqu’à 17.5% de son salaire minimum journalier en produits Coca-Cola
- Augmentation de la malnutrition dans les communautés autochtones où il n’y a pas d’autre boisson qui soit meilleure pour la santé.
La Ford Motor Company participe au mécanisme de “capture du carbone” qui permet aux entreprises d’“adopter une forêt” qui est soi-disant capable d’absorber le carbone qu’elles émettent et de le transformer en oxygène, au lieu de diminuer la quantité émise (comme l’établit le Protocole de Kyoto, en dépit du fait que celui-ci ait échoué).
- La Ford “adopte” la Selva Lacandona en 1998, et depuis cette date, elle a payé environ 10 millions de dollars au gouvernement fédéral mexicain.
- En 2000, dans le cadre de la célébration de son 75ème anniversaire au Mexique, la Ford a remis un chèque symbolique de 2.5 millions de dollars au gouvernement du Chiapas pour la construction et l’équipement de 5 stations dans la Selva Lacandona qui mettent en place des projets d’éducation écologique, la surveillance de la forêt, le développement durable et l’éco-tourisme des communautés autochtones ainsi que le soutien aux travaux de recherche.
Bayer: On calcule que l’industrie pharmaceutique dont Bayer fait partie génère des bénéfices de plus de 32.000 millions de dollars annuels grâce à l’utilisation de remèdes traditionnels incorporés dans des médicaments sous ordonnance. On estime que la valeur économique totale annuelle des drogues dérivées de plantes est de plus de 68.000 millions de dollars annuels aux Etats Unis seulement.